2 – Pourquoi ce décret a-t-il vu le jour ? Pour satisfaire la conférence des Présidents d’Université (CPU) qui souhaitait que leurs prérogatives définies dans la loi LRU soient explicitées. C’est cette même CPU* qui aujourd’hui utilise l’argument de l’indépendance universitaire pour mieux contester ce décret. Que celle-ci change d’avis de façon intempestive, ce n’est pas une première. Depuis trente ans, elle agit ainsi avec les gouvernements de gauche comme e de droite. Pendant que la CPU (1) conteste, nos grandes écoles telles Sciences Po, HEC, Paris-Tech, continuent d’avancer, lèvent des fonds… aux USA afin de poursuivre leur développement.

Le Président de la République a demandé à la Ministre de l’Enseignement supérieur de dégager de nouvelles pistes. En voici quelques unes qui permettraient de concilier autonomie des universités et indépendance des universitaires.

1 – Faire court ! 22 pages, c’est la longueur du fameux décret "Pecresse" (soit 20 pages de trop !). Plus le texte est long, plus on prête le flanc à la critique.

2 – Distinguer clairement dans le recrutement et la gestion de carrière ce qui relève du niveau national - les universitaires étant des fonctionnaires (les qualifications, etc.) - de ce qui relève de l’université autonome (le recrutement, etc.).

3 – Sur l’évaluation – un sujet sensible : de la même façon qu’un enseignant-chercheur est évalué, sur la partie « recherche », dans le cadre du laboratoire auquel il appartient (2) , un enseignant du supérieur devrait être, sur la partie « enseignement » évalué à l’aune des « performances » des formations qu’il dispense. Par exemple (en caricaturant volontairement à l’excès), une formation de licence dont 50% des étudiants « s’évaporent » au cours du premier semestre de la première année ou un master professionnel sans débouchés devraient nous laisser songeur sur la pertinence de ces formations mais également sur l’implication des enseignants…

4 – Bannir toute interférence de la part de l’Administration centrale. Est-il normal, en effet, que le décret incriminé régularise la pratique actuelle au terme de laquelle un enseignant-chercheur utilisé comme expert ou consultant par l’Administration centrale du Ministère se voit décharger des 2/3 de son service d’enseignement dans son université (3) ? La bonne logique exigerait plutôt que ces enseignants-chercheurs soient rémunérés comme experts sur le budget de l’Administration centrale et assurent leur tâche d’enseignement dans leur université.

5 - La CPU, enfin, serait bien inspirée de réfléchir et surtout d’agir pour la mise en place dans les universités, dans le cadre de leur statut, d’instances collégiales consultatives à même de garantir l’indépendance des universitaires, comme cela existe dans les plus grandes universités étrangères (assemblée des universitaires, collèges de disciplines, etc.). Point n’est besoin de loi pour tout cela. De nombreux présidents, anciens et actuels, dirigent ou ont dirigé leur université en s’appuyant sur une assemblée des directeurs dont la composition n’a été prévu dans aucune des lois (1968, 1984, 2007…).

Quoi qu’il en soit, passer de l’autonomie formelle à l’autonomie réelle suppose que les responsables de nos établissement soient « autonomes dans leur tête » et capables de penser et d’agir indépendamment de l’Administration centrale. Cela, malheureusement, ne se décrète pas !

(1) Observons que le Gouvernement actuel a multiplié par 4 leur indemnité de fonction (40.000 €/an) qui s’ajoute à leur rémunération normale de Professeur ou Maître de Conférences. Le projet de décret les dispense, par ailleurs, de toute activité d’enseignement.

(2) Cf. par exemple le répertoire des laboratoires d’excellence publié par l’Institut Montaigne. Laboratoire de niveau international. Il est clair que pour les chercheurs qui appartiennent à ces laboratoires les propos du Président de la République du 22 janvier ne sont pas pertinents.

(3) Plusieurs centaines/an

Consulter le classement des établissements universitaires de l'Institut Montaigne