La défaite de Narendra Modi, Premier ministre indien, aux élections dans l’État du Bihar, le troisième Etat le plus peuplé de l’Inde, dimanche 7 novembre dernier, peut-elle fragiliser, voire mettre en péril, le rythme des réformes économiques engagées ?

L’Institut Montaigne anime tout au long de l’année un cycle d’échanges sur les économies émergentes. Retour sur la dernière de ces discussions, consacrée aux mouvements de réformes en Inde.

Modi et le Make in India : un nouveau souffle pour l’économie indienne ?

Narendra Modi, élu Premier ministre en mai 2014, était très attendu sur son programme de réformes pour l’économie indienne. L’Etat du Gujarat, qu’il a dirigé pendant plus de douze ans, a en effet connu sous son mandat une croissance annuelle moyenne approchant les 10%, devenant un véritable aimant pour les investisseurs.

Quelques mois après son investiture, Narendra Modi lançait une campagne d’envergure : le plan "Make in India" avec comme objectif de faciliter les investissements pour faire décoller l’industrie manufacturière du pays et créer des emplois.

Malgré une récente réforme exemptant les firmes étrangères de la Minimum Alternate Tax (MAT), une taxe indirecte sur les bénéfices,  une large partie du milieu des affaires indien considère aujourd’hui que la fenêtre d’opportunité du Premier ministre Modi en matière de politiques économiques est en train de se refermer : bloquées par la chambre haute du Parlement, plusieurs réformes cruciales n’ont pas abouti.

Freins institutionnels et politiques : les points d’entrave aux réformes économiques.

Les élections législatives du 7 novembre laissent présager de nouveaux obstacles aux plans de réformes sur la base desquels Narendra Modi a été élu. Le parti du Congrès, principale opposition au pouvoir en place, a enterré une à une les quelques réformes longtemps désirées. La Goods and Services Tax Bill (GST), visant à harmoniser à l’échelle nationale la TVA, est au point mort depuis août dernier, après trois semaines de blocage à la chambre haute. La réforme devant faciliter l’acquisition de terrains, nécessaire à l’éclosion d’infrastructures nouvelles, a quant à elle subi le même sort.

La complexité du droit du travail ou encore les délais d’exécution des contrats (1400 jours en moyenne) sont par ailleurs toujours autant considérés comme des freins réels aux yeux des investisseurs.

Les infrastructures, investissement prometteur et moteur de croissance

De nombreuses entreprises françaises sont pourtant déjà dans la course aux investissements, que ce soit pour répondre aux défis d’accès à l’électricité (350 millions d’indiens en sont encore dépourvus) ou à ceux d’infrastructures de transport. Avec 64 000 km de rails pour 19 millions de passagers quotidiens en 2009, le réseau ferroviaire indien est l’un des principaux modes de transport du pays et l’un des plus chargés du monde.

Après l’annonce du gouvernement Modi en février 2015 d’un vaste plan de rénovation de son réseau ferroviaire, la SNCF signait deux mois plus tard un protocole d’accord de coopération avec l’ambassadeur d’Inde en France. Le 16 octobre 2015, Air Liquide a quant à lui révélé  la signature d’un nouveau contrat avec ITER-India pour la conception et la fabrication de nouvelles lignes cryogéniques. Plus récemment encore, le groupe français Alstom a conclu un contrat de 2,8 milliards d’euros pour fournir à l’Inde 800 locomotives électriques.

Modi dévoilait aussi récemment le développement de 98 smart cities (villes intelligentes). Bien que la concurrence européenne s’annonce rude, la France semble bien placée pour prendre part à ce vaste projet d’amélioration du niveau de vie sur le territoire indien. Notons à cet égard la rencontre début septembre à Paris,  à l’occasion du salon « Smart Countries & Cities Progress », entre des entreprises françaises et des élus indiens locaux.

L’Inde est donc loin d’être l’"ange déchu" des quatre BRIC, tel que le présageait l’agence de notation Standard & Poor’s en 2012. Le FMI, par la voix de sa directrice générale, Christine Lagarde, avançait il y a quelques mois encore que l’Inde disposait d’un potentiel pouvant en faire une des économies mondiales les plus dynamiques. Le résultat des élections dans le Bihar est un vrai signal d’alerte pour la capacité du gouvernement indien à faire s’exprimer ce potentiel dans toute son ampleur et dans les meilleurs délais.

Par Charlotte Groult et Victor Poirier pour l’Institut Montaigne