Dès lors, quelles sont les perspectives de croissance des pays émergents et des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) en particulier ? Comment la France doit-elle adapter sa stratégie à cette situation économique nouvelle ? Éléments de réponse en trois points.

Un ralentissement confirmé par les prévisions

Les dernières estimations de croissance réalisées par le FMI et la Coface, rendues publiques en janvier 2016, ont été revues à la baisse.
  • Le FMI prévoit désormais une croissance mondiale de 3,4 % en 2016 (contre 3,6 % il y a encore trois mois) et 3,6 % en 2017. Le Fonds monétaire envisage une dégradation similaire pour les émergents, abaissant ses estimations de croissance de 4,5 à 4,3 %.

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Si la tendance baissière n’est pas circonscrite aux seules économies émergentes, le ralentissement de l’économie chinoise, plus marqué que prévu, explique en grande partie cette dynamique négative. Plus largement, les économies des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine ), hier porteuses d’espoir, sont aujourd’hui en panne et la cohérence même de leur acronyme est remise en cause.

Les BRIC : un "mixed bag" aux promesses fragiles

Le foisonnement d’acronymes (BRIC, MIST, MINT, EAGLE, etc.) témoigne des difficultés que rencontrent les pays du G7 pour appréhender la diversité de ces puissances émergentes. Les BRIC ne forment plus en effet un groupe "soudé" d’économies fortes et en plein essor. Si l’économie indienne connait toujours une forte croissance, la Chine voit la sienne ralentir, tandis que celles du Brésil et de la Russie sont en récession.

En Chine, la transition d’un modèle industriel vers une économie de services constitue un défi périlleux. En Russie, la chute des cours du pétrole a un impact important sur le PIB (20 % des revenus de l’État proviennent de l’énergie). Au Brésil, de graves problèmes de gouvernance et des scandales de corruption minent la croissance économique. Selon le FMI, seule l’Inde parvient à tirer son épingle du jeu (7,5 % de croissance du PIB en 2015), malgré un déficit d’infrastructures qui pourrait nuire, à terme, à son économie.

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Au-delà des BRIC, peut-être faut-il désormais revoir la hiérarchie établie des économies émergentes afin de mieux prendre en compte les opportunités mais aussi les risques qu’elles représentent. Une analyse plus approfondie des raisons du ralentissement actuel permettrait aux entreprises d’allouer plus efficacement leurs investissements et de redéfinir leur stratégie internationale.

Quelle stratégie adopter face aux émergents d’aujourd’hui (et de demain) ?

Il apparaît nécessaire pour les entreprises de distinguer les émergents ainsi que les secteurs économiques dans lesquels investir en priorité, en prenant notamment en considération la dépendance de ces pays aux capitaux étrangers et aux taux de change. Ainsi, les économies exportatrices de matières premières et celles qui utilisent le dollar sont celles qui sont les plus exposées à la volatilité des cours et des taux de change (comme l’illustre aujourd’hui la fluctuation des cours du pétrole et la remontée des taux d’intérêt décidée par la FED).

La gouvernance de ces pays ainsi que la corruption qui y demeure parfois à un niveau élevé constitue un second point d’attention. La faiblesse des institutions gouvernementales peut en effet entraver une économie pourtant dotée de nombreux atouts : le Brésil et le Nigeria en sont deux exemples patents.

Enfin, les investisseurs doivent pouvoir évaluer, pour chaque pays émergent, le risque du "middle income trap" (en français, le "piège du revenu intermédiaire"), qui bride la croissance une fois un niveau de revenu médian atteint. L’exemple de la Chine est éloquent : après plusieurs décennies de forte croissance, l’économie chinoise a atteint un revenu médian "intermédiaire". La transformation de son modèle économique semble dorénavant nécessaire pour relancer une croissance incertaine.

La capacité des investisseurs à identifier les pays en proie à ce phénomène paraît primordiale avant tout investissement dans les pays émergents. Pour éviter ce "piège" et maintenir un niveau de croissance élevé, les gouvernements des économies émergentes doivent s’atteler à des réformes du système éducatif et de l’impôt, tout en garantissant la qualité des infrastructures mises à disposition des acteurs économiques.

Si les perspectives économiques de certains émergents sont préoccupantes, notons néanmoins que la réticence des pays européens à y investir est inopportune, tant leur potentiel demeure important : en 2015, près de deux tiers de la croissance mondiale est portée par les pays émergents.

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