Réinventer Pôle emploi

L’agence publique, souvent décriée dans les médias, a dû engager de nombreuses transformations afin de mieux répondre aux attentes des demandeurs d’emploi et des entreprises, mais aussi afin d’aligner son offre sur celle de la concurrence. 

L’axe prioritaire pour réinventer l’offre de Pôle emploi est celui de la digitalisation. C’est dans cet esprit que l’agence a développé ses services numériques, tels que l’inscription et la demande d’indemnisation en ligne, et a dû étoffer le contenu web de son site. Pour cela, l’agence a noué des partenariats avec des sites concurrents afin de réunir le plus d’offres d’emploi possibles, et a créé un nouveau service web, l’"Emploi Store", qui offre de nouveaux outils aux demandeurs d’emploi.

Par ailleurs, en 2016, digitalisation signifie big data. L’exploitation de ces données est un passage obligé pour améliorer la performance du service public comme le défend l’Institut Montaigne dans son étude Pour un New Deal numérique. L’agence nationale en possède des milliers, et elle commence tout juste à les utiliser comme le montre l’exemple de sa startup interne "la bonne boîte" qui s’attaque au marché des offres d’emploi cachées. Pôle emploi a d’ailleurs décidé de partager ses big data, sous réserve d’anonymat, afin de permettre aux entrepreneurs d’exploiter cette base en open source et de réinventer les services de l’agence nationale. 

Un autre axe d’évolution pour l’agence est celui d’appréhender tous les acteurs de l’emploi, c’est-à-dire intégrer dans son réseau ceux qui offrent l’emploi, à savoir les entreprises, et non plus seulement les demandeurs d’emploi. L’agence a besoin d’être au plus près des réalités locales du marché du travail afin de mieux guider les demandeurs dans leur parcours. Un effort qui se dessine depuis l’automne 2015 quand Pôle emploi a déployé des conseillers entreprises dans ses agences afin qu’ils accompagnent les TPE et PME dans leur recrutement en fonction des spécificités liées à leur ancrage territorial.

Priorité aux résultats

Ces réformes structurelles ont besoin d’être portées par une nouvelle stratégie, à savoir la culture de la performance et du résultat. Chaque entité doit pouvoir être évaluée si l’on veut faire de Pôle emploi le champion de la politique de l’emploi française. Cependant, il faut être attentif à ce que l’on évalue ; il ne s’agit pas de mesurer la performance de Pôle emploi par rapport aux chiffres du chômage : l’agence ne crée pas de l’emploi, elle met en relation une offre et une demande. Ce changement de culture semble s’amorcer depuis 2016 et la publication des résultats de l’action de Pôle emploi agence par agence.

Au niveau national, on peut retenir que 3,7 millions de demandeurs ont retrouvé un emploi entre janvier et septembre 2015. En 2014, c’étaient 2,2 millions de recrutements réussis par Pôle emploi pour 6,3 millions d’inscriptions.

Nos propositions pour améliorer l’action de Pôle emploi

Dans son ouvrage Pour en finir avec le chômage, Bertrand Martinot appelle à repenser la politique de l’emploi française et notamment en recentrant son organisation autour de Pôle emploi. L’action publique est aujourd’hui éparpillée entre Pôle emploi, les missions locales, le réseau Cap Emploi, l’APEC et les collectivités territoriales, en plus des différents échelons compétents allant de la commune à l’Union européenne. Une réforme de grande ampleur semble s’imposer afin de simplifier le millefeuille administratif qui fait coexister des pouvoirs locaux, des opérateurs ou encore des services déconcentrés de l’État.

Pourquoi s’appuyer sur Pôle emploi ? En tant qu‘opérateur de l’État, l’agence dispose d’un vaste maillage territorial d’environ 900 agences ainsi que d’une connaissance fine du marché du travail local : ce qui en fait l’acteur clef de l’emploi en région. Cependant, si on permet à Pôle emploi de prendre le leadership de la politique de l’emploi en France, il faut continuer d’opérer un mouvement de déconcentration qui laissera les agences répondre aux problématiques locales. On peut imaginer cette agence placée sous le contrôle d’une instance regroupant des représentants de l’État, du conseil régional, des partenaires sociaux et des usagers afin d’assurer la bonne gouvernance de la politique de l’emploi française.

Dans son rapport Décentralisation : sortons de la confusion, l’Institut Montaigne souligne la responsabilité centrale de l’État dans le champ de l’emploi et du chômage. Celle-ci n’est, pour autant, pas incompatible avec une gestion fortement décentralisée de ces politiques au profit des régions. C’est pourquoi nous proposons un regroupement des opérateurs publics et parapublics de l’emploi autour de Pôle emploi, pour minimiser les coûts et maximiser l’efficience de ces politiques. La réussite d’un tel programme inclue, en tout état de cause, une forte décentralisation de Pôle emploi, qui gèrera les politiques d’emploi et de formation au plus près des besoins des territoires. 

C’est cette logique que semble avoir privilégiée le gouvernement qui a décidé, ce lundi 29 février, d’attribuer aux régions le pilotage du plan de formation des chômeurs annoncé par François Hollande le 31 décembre 2015.

Par Ingrid Lanoë pour l'Institut Montaigne

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