Faut-il se réjouir de la volonté du gouvernement de faire évoluer son économie vers un modèle plus "harmonieux" ?

En réalité, ce rééquilibrage est artificiel car Pékin préfère donner un coup de pouce aux secteurs traditionnels que sont l’industrie lourde et l’immobilier plutôt qu’au deuxième volet de son "rééquilibrage économique" tourné vers les services. Ce sont pourtant ces derniers qui font défaut à la Chine d’aujourd’hui, notamment dans le domaine de la santé, de l’assurance ou des services à la personne. La société chinoise souffre de nombreux dysfonctionnements.

Quelles conséquences le passage d’une économie centrée sur les exportations vers un modèle de croissance fondée sur la consommation intérieure va-t-il entrainer pour l’économie mondiale ?

Les exportations ont retrouvé une certaine vigueur en avril, mais elles avaient grandement chuté au cours du premier trimestre 2016 en raison d’une baisse des commandes mondiales et du surenchérissement des produits chinois par rapport à d’autres économies en développement (Vietnam, Philippines, Indonésie, Bangladesh...). Le coût du travail en Chine ne cesse d’augmenter, et l’innovation reste à la traine des économies occidentales ou du Japon. Quelles conséquences pour l’Europe ? Les pays d’Europe de l’Est et centrale peuvent voir leurs produits bénéficier d’un regain de compétitivité face aux produits chinois. Cette zone va également voir les investissements chinois se multiplier car –pour alimenter sa machine économique- la Chine investit à l’étranger notamment dans les infrastructures (voir le récent voyage de Xi Jinping à Prague). L’Europe de l’Ouest peut également être bénéficiaire de cette situation, à l’image de l’intérêt récent de la Chine pour l’acier britannique…sans parler du port du Pirée en Grèce, du train à grande vitesse Belgrade-Budapest, des acquisitions dans l’énergie, etc…

Quels outils sont à la disposition du gouvernement chinois pour traverser sans encombre cette phase de transition ?

Cette semaine se tenait à Washington les réunions biannuelles du FMI et de la Banque Mondiale. Les dirigeants du FMI – plutôt pessimistes sur l’économie mondiale- ont clairement recommandé aux autorités chinoises d’accélérer les réformes structurelles des Entreprises d’État (SOE). Fin 2015, le FMI a intégré le RMB dans son panier de devises (droits de tirage spéciaux) ce qui permet à la monnaie chinoise de jouer un rôle croissant dans la finance mondiale. On peut espérer qu’elle jouera un rôle stabilisateur dans la région Asie-Pacifique.

Comment les principaux partenaires économiques de la Chine s'adapteront-ils à cette nouvelle donne ? Quelles opportunités cette transition offre-t-elle aux entreprises françaises ?

Durant l’année dernière, la Chine a multiplié les initiatives sur la scène internationale pour alimenter sa machine économique interne : ainsi du projet "one belt, one road" (financement et construction d’infrastructures dans de nombreux pays limitrophes et au-delà) qui devrait à terme permettre d’utiliser une partie de la surcapacité chinoise (acier, charbon). Le vrai danger pour l’industrie européenne serait que ces produits à bas prix déferlent sur l’UE, ce qui provoquerait des milliers de pertes d’emploi. Par ailleurs, de nombreuses entreprises européennes installées en Chine se plaignent d’un accès de plus en plus difficile au marché chinois qui semble moins ouvert que le marché européen. Une grande incertitude s’est installée. Les négociations sur le statut d’économie de marché et sur un éventuel traité bilatéral dans les investissements seront beaucoup plus âpres et longues que ne l’anticipait Pékin. Il reste des opportunités en Chine grâce à une classe moyenne dynamique et consommatrice, mais beaucoup d’entreprises étrangères vont voir leurs revenus décroître.

Twitter : @PhLeCorre

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