Une histoire de changement d’échelle

L’Italie a été l’un des tout premiers pays européens à adopter les primaires. Dès octobre 1998, une primaire fermée est organisée pour désigner le candidat à l’élection municipale de Bologne. Le dispositif était directement issu des réformes électorales engagées entre 1993 et 1995 et qui visaient à instaurer l’élection directe des maires et des présidents des conseils généraux et régionaux. Le mécanisme a progressivement changé d’échelle : d’abord appliqué au niveau municipal, il a été répliqué au niveau régional et enfin au niveau national.

En France, le dispositif est apparu plus tardivement. On peut ainsi considérer que l’histoire hexagonale des primaires commence en 2006 avec la primaire semi-ouverte du Parti Socialiste (PS). Soit dans la perspective d’une élection présidentielle, alors que c’est dans le cadre d’élections locales qu’elles ont émergé en Italie.

Un succès populaire

À l’exception de l'Argentine, où elles sont obligatoires, les primaires constituent le plus souvent un droit supplémentaire octroyé au citoyen, qu’il lui appartient de saisir ou non. Par conséquent, les primaires sont leur propre plébiscite : la participation au scrutin indique leur succès populaire. Les premières primaires tenues à l’échelle nationale en Italie, organisée par la coalition de l’Olivier - rassemblant différents courants de centre-gauche - le 16 octobre 2005, rassembla 4,3 millions de votants. Romano Prodi en sortit vainqueur avec 75 % des voix avant d’être élu quelques mois plus tard chef du gouvernement.

Les primaires ont changé le paysage politique de la Botte. Et si les personnalités politiques font les primaires, les primaires font aussi les personnalités politiques. Ainsi de Matteo Renzi, qui a construit sa carrière politique sur ce type d’élection. Après avoir remporté la primaire à l’investiture pour les élections municipales de Florence, il devint maire de la capitale toscane en juin 2009. Puis, à l’échelle nationale, il remporta la primaire nationale du Partito Democratico en décembre 2013 avec 68 % de votants. Avant de devenir Président du Conseil en février 2014. Et après avoir perdu les précédentes primaires à cette même investiture en 2012…

Quelles différences avec la France ?

En Italie comme en France, le développement des primaires à l’échelle nationale s’est nourri d’un besoin exprimé d’alternance, là-bas en opposition à Silvio Berlusconi en 2005, ici en opposition à Nicolas Sarkozy en 2011. Il existe donc des similitudes entre les contextes dans lesquels ont émergé ces dispositifs de part et d’autre des Alpes. En revanche, l’ancrage territorial des primaires demeure beaucoup plus fort en Italie. En France, quelques expériences locales, à Marseille, au Havre ou à Aix-en-Provence, sont peut-être les prémices d’une extension prochaine de ce type de dispositif.

En tous les cas, un modèle français sera nécessairement placé sous le signe de l’élection présidentielle car c’est à son aune qu’il s’est dessiné. C’est sans doute ce qui constitue sa singularité en Europe, car le fonctionnement des primaires tend à copier celui de l’élection qu’elles anticipent. Ainsi, le modèle italien, même pour ce qui concerne seulement les élections nationales, se dessine sur le patron des élections d’un régime parlementaire. L’instabilité gouvernementale stimule la fréquence de l’organisation de primaires.

L’Institut Montaigne formule dix propositions concrètes pour faire des primaires un véritable outil de redynamisation de notre vie politique. Ces propositions s’articulent autour de quatre principes - honnêteté, équité, pluralité, délibération - dont nous détaillons les fondements dans l’ouvrage Les primaires pour les Nuls, dirigé par Olivier Duhamel.

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