Des primaires en début de mandature

Si les primaires visent à désigner démocratiquement le candidat d’une famille politique à une élection, elles ne sont pas nécessairement organisées à la veille de cette élection. Au Royaume-Uni, les primaires désignent ainsi le chef de l’opposition au lendemain des élections législatives. Face au gouvernement nouvellement constitué, les primaires permettent au camp défait de se structurer durant toute la mandature. Le chef de l’opposition ainsi élu est alors investi de deux missions principales : - à court et moyen termes, former et diriger un Shadow government afin de faire valoir les contre-propositions constructives de l’opposition ; - à long terme, s’imposer comme le meilleur candidat pour les prochaines élections législatives.

Une légitimité fonction de l’ouverture

Le terme de “primaires” renvoie à des degrés d’ouverture différents : elles sont dites “fermées” si elles sont réservées aux adhérents ; “semi-ouvertes” si elles sont réservées aux adhérents avec la possibilité d’une adhésion expresse en vue d’une participation au scrutin ; “ouvertes”, enfin, si elles sont accessibles à l’ensemble du corps électoral. En France, le développement des primaires a passé par ces différents degrés. Au Royaume-Uni, le modèle demeure fermé, malgré de récentes tentatives d’ouverture.

  • Chez les Tories :

Les conservateurs ont adopté le principe des primaires fermées d’opposition depuis 2001. Elles articulent deux modes de désignation : dans un premier temps, les différents candidats sont départagés par des votes successifs du groupe parlementaire jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux d’entre eux ; puis les adhérents du parti sont appelés à désigner leur champion parmi ces deux candidats. Ces primaires visent donc à combiner légitimités partisane et démocratique afin de structurer l’opposition conservatrice.

  • Au Labour :

Jusqu’en 2015, les travaillistes organisaient des primaires fermées qui regroupaient trois collèges électoraux distincts. Les votes étaient également distribués parmi eux : un tiers pour les députés, les élus de la Chambre des Communes et les eurodéputés ; un tiers pour les membres individuels du parti ; un tiers pour les sections syndicales affiliées. Ces règles ont été modifiées lors des dernières élections primaires. En suivant la logique “one member, one vote”, les primaires sont devenues semi-ouvertes. Les citoyens avaient effectivement la possibilité de souscrire à une adhésion expresse qui leur permettait de devenir des supporters le temps de l’élection, moyennant la modique somme de trois livres. Cette plus grande ouverture a permis la mobilisation de quelque 112 000 votants supplémentaires.

Le modèle des primaires au Royaume-Uni se distingue donc de la pratique française tout autant par le calendrier dans lequel elles s’inscrivent que par les règles qui les régissent. Si leur rôle est déterminant dans la structuration de l’opposition tout au long de la mandature, leur popularité demeure limitée par leur degré d’ouverture. En France, c’est l’ouverture des primaires qui a permis leur très large adoption : la primaire écologiste ouverte à tous par voie électronique le 19 octobre et le 7 novembre 2016, la primaire de la droite et du centre pour l’alternance les 20 et 27 novembre 2016 et la primaire de la gauche les 22 et 29 janvier 2017.

Cependant, d’autres conditions doivent être remplies pour que les primaires constituent effectivement un puissant moyen de redynamisation de la vie politique. L’Institut Montaigne identifie ainsi quatre principes - honnêteté, équité, pluralité, délibération - pour l’organisation de primaires vraiment démocratiques. Dans l’ouvrage Les primaires pour les Nuls, dirigé par Olivier Duhamel, nous formulons à cette fin dix propositions concrètes qui découlent de ces principes et participent à l’élaboration d’un “modèle français” des primaires.

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