L'entrepreneuriat français a le vent en poupe

Après avoir diminué durant les années 1990, la part de l’emploi non salarié augmente en France depuis 2008, un phénomène dû à la création du statut d'auto-entrepreneur le 1er janvier 2009.

Aujourd'hui, à en croire le sondage OpinionWay, la France compterait cinq millions de jeunes entrepreneurs potentiels, désireux de se lancer dans les prochaines années. Flexibilité et autonomie sont les mots d’ordre de ces derniers, séduits par l’indépendance que procure ce statut, la liberté de choisir leurs méthodes de travail ainsi que celle d’organiser leur emploi du temps.

Des freins à la création d’entreprise qui persistent

L’étude OpinionWay révèle également que parmi les jeunes Français souhaitant se mettre à leur compte, deux sur trois aimeraient pouvoir combiner salariat et entrepreneuriat. Si le statut d'auto-entrepreneur a rendu l'entrepreneuriat plus accessible, notre système doit à présent dépasser la dichotomie entre ces deux modèles et continuer à s'adapter pour faciliter le cumul des statuts.

Par ailleurs, pour 73% des jeunes français, le CDI reste l’objectif à atteindre et l’aventure entrepreneuriale fait encore peur à la majorité d’entre eux, comme le souligne cette même étude. En effet, le risque financier et l’incertitude du revenu inhibent leurs envies de flexibilité et d’indépendance au profit de stabilité financière et de garanties en matière de congés et de couverture sociale.

Des Français motivés mais mal préparés

Un sentiment renforcé lorsque l’on sait que la majorité des entreprises fait faillite dans les premières années de leur existence. On comprend aisément que le manque d’expérience et la méconnaissance du marché peuvent être fatals pour les jeunes entreprises. Ces écueils pourraient être évités grâce à une formation adaptée, prodiguant aux individus des conseils stratégiques, tels que la construction d'un business plan ou l'aiguillage pour le choix du statut juridique, impactant directement la pérennité de leur entreprise.

Cependant l’étude OpinionWay, dresse le constat suivant : 79% des jeunes français considèrent que le système éducatif les prépare mal à se lancer dans l’entrepreneuriat ou à leur propre compte. Une lacune que les droits actuels à la formation ne parviennent pas à combler. En effet, pour l’instant l’accompagnement des actifs vers l’entrepreneuriat ne se produit qu’en période de chômage, c’est-à-dire lorsque les actifs s’inscrivent à Pôle Emploi. Ils ont alors la possibilité de renoncer aux ARE (allocations de retour à l’emploi) pour opter pour l’ACCRE (aide au chômeur créant ou reprenant une entreprise), qui peut constituer un apport en capital mais leur impose un arbitrage parfois prématuré.

Une solution pour élargir les droits à la formation

L’accompagnement vers la création d’entreprise impose donc de repenser la sécurisation des parcours professionnels en dehors du strict cadre du salariat. Dans notre étude Un capital emploi formation pour tous, co-rédigée par Bertrand Martinot et Estelle Sauvat, nous proposons un dispositif alternatif au CPA qui élargirait les droits à la formation aux prestations d’accompagnement professionnel. Les droits, dont ce CEF constituerait le réceptacle, seraient librement mobilisables tout au long de la période d’activité des individus. En outre, ils seraient opposables à l’employeur (c’est-à-dire mobilisables sans son accord préalable). Un tel dispositif permettrait aux individus de se former à l’entrepreneuriat à tous les stades de leur parcours professionnel.

Par Lara Oliveau et Marc-Antoine Authier pour l'Institut Montaigne

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