Le sort de l’économie britannique dépendra en grande partie de l’issue des négociations avec l’Union européenne et de l’accord commercial qui sera trouvé entre les deux marchés. Du fait de sa taille, l’UE devrait aborder ces négociations en position de force. Cependant, le Brexit constitue avant tout une question politique pour les 27 et l’avenir du projet européen reposera en grande partie sur leur capacité à ne pas se consacrer uniquement au départ du Royaume-Uni dans le courant des prochains mois.

La situation de l’économie britannique est aujourd’hui stable...


Les questions économiques ont joué un rôle prépondérant dans la campagne électorale du Brexit. Les partisans du maintien dans l’Union européenne (UE) ont fait valoir les bénéfices économiques liés à l’appartenance au marché intérieur ainsi que les risques qu’une sortie ferait peser sur l’activité commerciale du pays. Les partisans du Brexit ont eux fait valoir les avantages économiques qu’il y aurait à ne pas être membres de l’UE et mettent à présent en avant la bonne santé actuelle de l’économie britannique.

En effet, depuis le 23 juin dernier, l’économie du Royaume-Uni ne semble pas avoir souffert du vote en faveur de la sortie. Le FTSE 100, principal indice boursier du pays, a atteint un niveau 16 % supérieur à celui qu’il avait à la veille du Brexit. Le déficit commercial pour l’année 2016 s’est également réduit. Il est de 10,8 milliards de pounds, soit inférieur de 1 milliard aux prévisions des économistes.

… mais le Brexit est encore virtuel


Cette bonne performance est difficilement imputable au résultat du référendum et à la perspective de la sortie. De fait, le Brexit n’est encore que virtuel et, la bonne santé économique du Royaume-Uni pourrait aussi bien être présentée comme la preuve que prospérité économique et appartenance à l’UE sont parfaitement compatibles.

Le véritable départ du Royaume-Uni n’interviendra qu’à l’issue des négociations, dont la durée est fixée à deux ans maximum par l’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE). Il ne sera donc effectif qu’en 2019 au plus tôt. Cette sortie devrait notamment entraîner trois difficultés pour l’économie britannique : l’accès au marché intérieur européen, l’avenir de la City et l’accès aux marchés des États tiers.

L’accès au marché intérieur européen

Theresa May souhaite que son son pays quitte l’union douanière européenne, ce qui signifie que le Royaume-Uni n’appartiendra plus au marché intérieur. De fait, l’UE pourra alors appliquer des droits de douanes aux produits et aux services provenant d’outre-Manche. Par ailleurs, le marché intérieur européen ne se limite pas à l’union douanière. Une grande partie des normes qui s’appliquent au commerce sont décidées à l’échelon européen afin de faciliter les échanges au sein de ce marché. Lorsque le Royaume-Uni n’appartiendra plus à l’UE, il définira ses propres réglementations, ce qui entraînera des coûts de mise aux normes pour les entreprises britanniques voulant exporter vers l’UE.

L’avenir de la City

L’industrie financière britannique représente 8 % de la richesse produite au Royaume-Uni et 25 % des services financiers européens. Une fois le Royaume-Uni sorti du marché intérieur, les institutions financières de la City ne bénéficieront plus du passeport européen qui leur permet actuellement d’exporter leurs services au sein de l’UE. De nombreuses institutions basées à Londres pourraient alors quitter le Royaume-Uni pour s’implanter au sein de l’UE afin de garantir leur accès à ce marché. Le 18 janvier dernier, HSBC a ainsi annoncé le transfert de 1 000 emplois de Londres vers Paris.

Le Royaume-Uni au sein du commerce mondial

Actuellement, la politique commerciale commune fait partie des compétences exclusives de l’UE. Seule la Commission européenne peut négocier un accord commercial entre l’UE et un État tiers. Une fois le Brexit effectif, le Royaume-Uni ne pourra plus bénéficier des accords commerciaux conclus entre l’UE et les États tiers. Il lui faudra donc négocier de nouveaux accords. Or, en la matière, la capacité d’un État à obtenir un accord commercial favorable à ses intérêts est proportionnelle à la taille de son propre marché. Il est donc à attendre que le Royaume-Uni n’obtienne pas des conditions commerciales aussi avantageuses que celles négociées par l’UE. De plus, les négociations commerciales durent de longues années et mobilisent d’importantes ressources humaines. Il sera donc très difficile pour le Royaume-Uni de mener simultanément des négociations commerciales avec des puissances économiques aussi importantes que les États-Unis, l’Inde ou encore l’Australie.

Quel avenir pour l’UE dans ce contexte ?


Côté européen, le Brexit pourrait également avoir un effet négatif sur les exportations du continent vers le Royaume-Uni, soit 6 % des exportations totales de l’UE. Mais le départ de Londres pose avant tout un problème politique. Pour la première fois, un État membre s’apprête à quitter l’UE. Les 27 souhaitent à présent éviter que le processus de sortie du Royaume-Uni constitue un frein au processus d’intégration européenne ou même le point de départ d’un mouvement de déconstruction.

À l’occasion des commémorations des 60 ans de la signature des traités de Rome, les 24 et 25 mars 2017, les 27 ont collectivement déclaré leur volonté de construire une “Union qui soit sûre et sécurisée, prospère, compétitive, soucieuse du développement durable et socialement responsable, et qui ait la volonté et la capacité de jouer un rôle de premier plan dans le monde et de peser sur la mondialisation”. Les chefs d’État et de gouvernement se sont ainsi fixé quatre objectifs pour les prochaines années : 

1. assurer la sécurité du territoire et des citoyens européens.
2. assurer la prospérité de l’économie européenne.
3. œuvrer pour une "Europe sociale" et "durable".
4. défendre les intérêts européens sur la scène mondiale.

Le rapport L’Europe dont nous avons besoin, que l’Institut Montaigne a rendu public cette semaine, partage ces objectifs. Il attire cependant l’attention sur le risque d’immobilisme lié au Brexit et propose de faire du renforcement de la zone euro la priorité politique des prochaines années. La zone euro représente le point d’aboutissement de décennies d’intégration économique et politique entre les États membres et constitue ainsi le véritable cœur de l’UE. Cependant, sa gouvernance doit être complétée afin de mieux répondre aux crises futures et de consolider l’architecture globale de la construction européenne. A cette fin, nous proposons notamment que les États membres ayant adopté la monnaie unique :
définissent chaque année une politique économique et budgétaire coopérative globale de la zone euro, endossées par les chefs d’État et de gouvernement ;
intègrent mieux dans leur droit national les règles budgétaires de la zone euro ;
décident de transformer le Mécanisme européen de stabilité en Fonds monétaire européen et travaillent à la mise en place d’un budget de la zone euro.

Retrouvez l’ensemble des propositions de notre rapport sur cette page dédiée.