À l’occasion de l’élection présidentielle, l’avenir du parc nucléaire français est à nouveau débattu. Les différents candidats sont cette fois amenés à se prononcer sur la question de son renouvellement. En effet, 42 des 58 réacteurs en service en France ont été construits entre 1980 et 1990, soit près de trois réacteurs sur quatre. Or, leur durée de vie est initialement prévue pour 40 ans, ce qui implique qu’environ la moitié de notre capacité de production électrique arrivera au terme de cette durée entre 2020 et 2030. Des décisions fortes devront donc être prises lors du prochain quinquennat afin d’engager les investissements nécessaires à la modernisation des centrales ou, au contraire, à leur fermeture.

En août 2016, la loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTE) a fixé un objectif de réduction de la dépendance à l’atome par deux mécanismes :

  • d’une part, elle limite la capacité maximale de production à la capacité du parc actuel, soit 62,3 GW : toute nouvelle installation nucléaire entraînera la fermeture d’au moins une capacité existante ;
  • d’autre part, elle fixe un rythme de réduction du nucléaire à 50% dans le mix électrique à horizon 2025 : afin d’atteindre cet objectif, il faudrait décider la fermeture d’une centrale sur trois lors du prochain quinquennat.

Comment nos voisins ont-ils tranché ? Quelles sont les décisions qui ont été prises par les autres pays qui produisent de l’électricité d’origine nucléaire ? Sans parler de nouvelles constructions, quelles décisions ont d’ores et déjà été actées pour la gestion du parc existant ?

Quels choix ont été faits dans les autres pays ?

La comparaison avec les décisions prises dans d’autres pays nucléarisés est délicate pour au moins deux raisons :

  • La France est le pays qui a la plus forte dépendance à l’atome ;
  • La question du renouvellement du parc nucléaire se pose de façon plus pressante lorsqu’il arrive en fin de vie ; or, tous les pays n’ont pas construit leur parc en même temps.

L’exemple de l’Allemagne est plus riche d’enseignements pour ce qui concerne les conséquences du remplacement de capacités nucléaires par d’autres sources d’énergie. Si la sortie du nucléaire n’est pas encore complètement effective, elle a été décidée à la suite de la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011. Il a ainsi été acté dans le cadre de l’Energiewende, ou “tournant énergétique”, de renoncer aux quelque 20 GW de capacités installées avant 2023. Ce rythme de transition correspond, grosso modo, à celui qui a été fixé en France dans le cadre de la LTE avec l’objectif de ramener la part du nucléaire à 50% du mix électrique.

L’Allemagne a déjà dû substituer les capacités de production par de nouvelles capacités, principalement des énergies renouvelables, afin d’accélérer le tournant énergétique. Toutefois, cette décision a eu des conséquences mitigées sur le bilan carbone de la production d’électricité. En effet, afin de contenir les coûts de production qui ont explosé avec la mise en service de renouvelables, l’Allemagne a dû maintenir une part élevée de charbon et de lignite dans sa production d’électricité (moins chers mais plus émetteurs de gaz à effets de serre).

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Source : Ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie

L’Italie avait, avant l’Allemagne, déjà fait le choix d’une sortie accélérée du nucléaire. En effet, suite à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986, un référendum a été organisé pour acter la sortie du nucléaire. Cette décision a été confirmée par un nouveau référendum en 2011 suite à l’accident survenu au Japon.

Le Japon avait fait le choix de renoncer au nucléaire immédiatement après la catastrophe de Fukushima, au moment où il représentait 30% de sa production électrique. Le Premier ministre alors en fonction avait pris l’engagement d’une sortie anticipée d’ici 2025. Cependant, une augmentation de 20 à 30% du prix de l’électricité et un record d’émissions de gaz à effet de serre atteint en 2011 ont relancé le débat. À l’heure actuelle, l’avenir de l’atome au Japon est encore incertain mais la durée de fonctionnement des centrales a été limitée à 40 ans.

En Suisse, une sortie progressive du nucléaire a été légalement prévue par l’Energiewende mais un référendum a été organisé en novembre 2016 sur une sortie anticipée du nucléaire. Les citoyens helvètes ont alors refusé à 54% la limitation à 45 ans de la durée de vie de leurs centrales. Une telle décision aurait entraîné la fermeture immédiate de trois des cinq centrales nucléaires du pays.

D’autres pays se sont engagés de façon beaucoup plus volontaire dans la consolidation de leur parc nucléaire. Ainsi, les États-Unis ont fait le choix de prolonger la durée de fonctionnement de leurs centrales de 40 à 60 ans. Pour certaines centrales, une prolongation jusqu’à 80 ans est même envisagée. Notons toutefois que ces durées ne sauraient être comparées telles quelles à celles des centrales françaises car les méthodes de calcul diffèrent : en France, la durée de fonctionnement d’une centrale commence à sa mise en service ; aux États-Unis, elle commence au début de la construction de la centrale. Au demeurant, il est intéressant de constater que le seul pays qui dispose d’un parc nucléaire globalement plus ancien que le nôtre a fait le choix d’en prolonger la durée d’exploitation sur la base de critères économiques et non politiques.

Que proposent les candidats ?

Aucun candidat ne s’engage sur une trajectoire précise d’évolution pour notre mix électrique. A fortiori, aucun n’a indiqué de calendrier de fermeture des centrales.

Jean-Luc Mélenchon a fait de la sortie du nucléaire un élément structurant de sa politique de planification écologique. Il y indique ainsi que toutes les centrales seront arrêtées à horizon 2035. Cependant, le candidat de la France insoumise n’a pas précisé de calendrier pour cette sortie, dont il envisage qu’elle sera échelonnée dans le temps pour éviter les risques de ruptures d’approvisionnement.

Benoît Hamon, vainqueur de la primaire de la gauche en janvier, a également intégré cette proposition à son programme. Cette décision a été actée suite à son alliance avec Yannick Jadot, candidat d’Europe Écologie-Les Verts. On ne trouve toutefois pas plus de précisions quant au rythme de fermeture des centrales.

Emmanuel Macron a pour sa part annoncé maintenir le cap des 50% à horizon 2025. Cependant, le candidat d’En Marche ! a suspendu toute décision stratégique concernant la prolongation des centrales au-delà de 40 ans aux conclusions qui seront rendues par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en 2018. Seule la décision de fermer la centrale de Fessenheim a été confirmée, elle interviendra au moment de la mise en service de l'EPR de Flamanville.

François Fillon souhaite quant à lui annuler la fermeture programmée de la centrale alsacienne. Le candidat Les Républicains s’engage également à promulguer une nouvelle loi de transition énergétique qui reviendrait sur les deux principaux objectifs de la LTE afin de moderniser le parc nucléaire pour en prolonger la durée d’exploitation. On fait généralement référence à l’ensemble de ces investissements de modernisation et de rénovation du parc sous le terme de “grand carénage”.

Marine Le Pen veut également annuler la fermeture de la centrale de Fessenheim et engager le grand carénage afin de maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française. Cependant, cet engagement devra s’articuler avec la volonté affichée de développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables. La candidate du Front national n’a pas précisé quelle place occuperait ces énergies renouvelables dans le mix électrique au cours de son quinquennat.

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