1. Un programme basé sur la sortie de l’Union européenne et de la zone Euro

La candidate du Front National fait partie des six candidats (sur onze) dans la course à l’Élysée qui souhaitent mettre en œuvre une sortie de la France de l’Union européenne. Elle propose de soumettre cette question à l’approbation des Français par le biais d’un référendum. Une telle procédure n’est pas envisageable en l’état actuel du droit interne qui autorise la tenue de référendum uniquement pour recueillir l’avis des Français sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou sur une révision de la Constitution (article 89). Marine Le Pen peut cependant envisager de réviser la Constitution ou de recourir au mécanisme d’initiative citoyenne européenne.

Dans le prolongement de la sortie de l’UE, Marine Le Pen propose également que la France quitte la zone euro. Un tel choix n’est pas sans conséquences économiques : dévaluation du nouveau Franc et perte de pouvoir d’achat pour les ménages les plus modestes (une dépréciation de 20 % coûterait 2 000 euros par an en moyenne à chaque ménage), destruction à terme d’un demi-million d’emplois, diminution de la productivité et du dynamisme de l’économie française, accroissement des taux d’intérêt et tarissement du crédit. Au global, la sortie de l’euro pourrait créer une récession économique de -2,3 % en un an, et de -9 % à terme.

2. Une politique incertaine en matière de santé

Marine Le Pen propose d’instaurer une nouvelle branche de sécurité sociale dédiée à la dépendance. Un temps envisagé lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la prise en charge universelle des dépenses liées au risque de dépendance, sur la base d’estimations tirées de certains États Scandinaves, devrait coûter 9,2 Md€ par an, à court terme (horizon 2022).

Marine Le Pen souhaite également supprimer l’aide médicale d’État (AME), un dispositif de prise en charge des soins accordé aux étrangers résidant en France depuis plus de trois mois, même s’ils ne remplissent pas les conditions de régularité de séjour. Si nous estimons à 598 M€ par an le montant des économies générées par cette suppression, le risque sanitaire réel de propagation des affections contagieuses non soignées au sein de la population française ne doit pas être négligé.

3. Un retour à 60 ans pour l’âge légal de départ à la retraite

Marine Le Pen propose d’abaisser l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. Cette mesure concernerait tous les salariés du privé, comme du public et régimes spéciaux. En considérant qu’une telle mesure revient à annuler les dispositions prises dans la réforme des retraites de 2010 (report de l’âge légal et d’allongement de la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein), elle devrait coûter 27 Md€ sur l’ensemble du quinquennat, soit 1,1 point de PIB. Un tel report de l’âge légal ferait de la France le pays avec l’âge d’ouverture des droits le plus bas de l’OCDE.

4. Suppression des intercommunalités et des régions : une fausse simplification

En supprimant les régions et les intercommunalités et en ne conservant ainsi que trois niveaux d’administration : la commune, le départements et l’État, Marine Le Pen souhaite valoriser le rôle et le statut des maires de petites et moyennes communes, simplifier la répartition des compétences, donner davantage de poids aux échelons de proximité, tout en réalisant de nouvelles économies.

Pourtant, la France ne se distingue pas en Europe par le nombre d'échelons locaux - identique en Allemagne, en Italie et en Espagne - mais par le nombre très élevé de communes : notre pays compte plus de 35 000 communes, dont une grosse moitié de moins de 500 habitants.

L’objectif de simplification et de proximité avancé par la candidate paraît incohérent dans la mesure où il est prévu par cette même réforme que les communes et les départements pourront déléguer leurs compétences à des syndicats intercommunaux et interdépartementaux. Le nombre de strates ne diminuera donc pas. En revanche, cette réforme aura pour conséquence directe d'éloigner le citoyen de la gestion et du contrôle des affaires publiques, puisque ces syndicats se substitueront à des collectivités disposant jusque là de conseils élus.

5. Une augmentation des dépenses en matière de justice, de sécurité et de défense

La candidate du Front National envisage la création de 40 000 places supplémentaires de prison en 5 ans, soit près de 30 000 places au-delà du besoin actuel (surpopulation de 10 000 détenus en juillet 2016). La proposition représente un coût d’investissement situé entre 6,4 et 10,6 Md€, auquel doivent être ajoutés des coûts de fonctionnement, liés notamment au recrutement d’environ 25 000 surveillants pénitentiaires supplémentaires.

De plus, Marine Le Pen souhaite porter les dépenses de défense à 2 % du PIB en 2018 et à 3 % du PIB en 2022. Cet effort "brusque" et peu réaliste - les autres candidats prévoyant en général d’atteindre 2 % du PIB en… 2025 - imposerait de majorer, dès la première année, de 14 Md€ le budget de la Défense. Le surcoût total de cette mesure serait de l’ordre de 34,5 Md€ par an (avec pensions) ou 44,7 Md€ par an (hors pension) à horizon 2022. Dans ce surcoût, le rétablissement progressif du service militaire obligatoire d’une durée minimale de 3 mois souhaité par la candidate représenterait un coût de l’ordre de 1,6 à 3,3 Md€ par an, auquel devraient être ajoutés des coûts exceptionnels non récurrents (comme l’immobilier) évalués entre 2 et 4 Md€ liés à l’inadaptation des structures actuelles pour accueillir environ 370 000 jeunes. La France rejoindrait ainsi les États-Unis, la Grèce, le Royaume-Uni, l’Estonie et la Pologne parmi les pays respectant l’objectif d’effort de défense à 2 % du PIB fixé par l’OTAN en 2014.

Pour aller plus loin :

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