Un constat que les faits démentent

Contrairement à ce qu’affirme la candidate du FN, l’immigration en France est très largement contrôlée. La France est d’ailleurs l’un des pays de l’OCDE qui accueillent le moins d’étrangers sur son territoire. Des conditions strictes doivent en effet être remplies pour qu’une personne étrangère puisse s’installer sur le territoire français. Ces conditions varient selon qu’elle vienne en France pour étudier, pour travailler ou pour rejoindre une partie de sa famille qui y séjourne déjà.

Aujourd’hui, la régulation de l’immigration se fait sur la base de critères portant sur la situation de l'individu. Marine Le Pen propose de mettre en place une politique de quotas d’immigrés. Or de nombreux pays réputés ouverts, comme les États-Unis, l’Australie ou le Canada, recourent à de telles politiques de contrôle sur le nombre global d’immigrés entrant sur le territoire, et ces pays accueillent, en proportion, autant sinon plus de migrants que la France.

Proportion d’immigrants dans la population totale :

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Outre cette immigration légale encadrée par la loi, une immigration clandestine existe également. Il est par définition difficile d’évaluer précisément le nombre de personnes que ces flux concernent car aucune statistique officielle ne peut être établie.

La France accueille également une migration dite humanitaire que la crise des réfugiés a contribué à alimenter. La France, à l’instar de nombreux pays européens, a participé à l’accueil de ces migrants qui ont alors pu déposer des demandes d’asile. Cependant, alors que la France a enregistré (et non pas accepté) 85 244 demandes d’asile en 2016, l’Allemagne en a enregistré environ 722 000, soit près de 60 % des dossiers déposés dans l’Union européenne. Les efforts consentis par la France sont donc bien moindres que ceux consentis par d’autres pays européens.

Des déclarations d’intention plutôt que des propositions d’actions concrètes...

Dans l’engagement 26 de son programme, Marine Le Pen propose de “mettre fin à l’automaticité du regroupement et du rapprochement familial”. Or, le regroupement familial constitue un droit qui découle du droit à mener une vie familiale normale ainsi que de la liberté de mariage. Ces droits sont protégés tant par la Constitution que par nos engagements européens et internationaux. Cette mesure se heurte donc à de forts obstacles juridiques, tant constitutionnels que conventionnels. Elle ne pourra donc pas être mise en œuvre.

Pour ce qui concerne “l’acquisition automatique de la nationalité française par mariage” à laquelle la candidate frontiste souhaite également mettre fin dans l’engagement 26 de son programme, l’administration française précise que “le mariage avec un Français n'a pas d'effet automatique sur la nationalité.” Il semble ainsi que cet engagement constitue un pur affichage de la part du FN.

Toujours dans le même engagement 26, Marine Le Pen propose également de “réduire l’immigration légale à un solde annuel de 10 000”. Or, cet objectif semble purement irréaliste. Le Ministère de l’Intérieur a recensé 219 206 admissions au séjour en métropole pour l'année 2015. Parmi ces admissions au séjour, on compte notamment :

  • 90 448 personnes arrivées dans le cadre du regroupement familial ;
  • 21 724 personnes rejoignant le pays pour des raisons économiques ;
  • 70 076 étudiants ;
  • 22 908 personnes arrivées pour des raisons humanitaires.

Marine Le Pen n’a pas précisé comment elle comptait limiter l’immigration au quota de 10 000 arrivées annuelles. Souhaite-t-elle mettre un terme à l’arrivée d’étudiants étrangers pour leurs études, quitte à devoir anticiper la fermeture des universités étrangères aux étudiants français ? Entend-elle interdire aux familles de Français de rejoindre les leurs sur le territoire national, quitte à renier leur droit à mener une vie familiale normale ? Préfère-t-elle réduire l’immigration humanitaire en ne respectant pas la Convention de Genève qui a permis à quelque 14 000 personnes de trouver refuge en France ? La simple mise en perspective de l’objectif annoncé avec les faits met en évidence le caractère infaisable de la mesure.

… aux conséquences néfastes pour notre pays

Le découragement à l’immigration tel qu’il est proposé par Marine Le Pen pourrait affaiblir l’attractivité de notre pays à l’étranger. Or, cette baisse d’attractivité aurait des conséquences néfastes sur au moins trois plans :

  • sur la compétitivité de nos entreprises : par l’engagement 38, Marine Le Pen propose de “mettre en place une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers”. Or, sur des secteurs d’activité qui ne sont pas en tension et qui emploient des étrangers, cet engagement contribuerait à renchérir le coût du travail pour nos entreprises ;
  • sur notre rayonnement international : les quotas de travailleurs peuvent difficilement être définis en dehors de conventions bilatérales (entre la France et le pays d’origine) ou multilatérales (entre la France, l’Union européenne et le pays d’origine). La fixation des quotas relève donc du levier diplomatique et pourrait donc nuire à nos relations avec les pays tiers ;
  • sur la mobilité des talents : en diminuant drastiquement les entrées dans notre pays, la France se priverait de talents (étudiants, chercheurs, actifs hautement qualifiés) et priverait également indirectement ses talents d’opportunités à l’étranger. La fermeture des frontières françaises pourraient donc se traduire par la fermeture d’autres frontières aux Français.

Ainsi, les déclarations d’intentions visant à fermer les frontières de la France n’auraient pas pour conséquences de “protéger” notre pays mais bien de l’isoler en le fermant aux autres pays.


Pour aller plus loin :

Présidentielle 2017 : le grand décryptage - Marine Le Pen

Les cinq points à retenir du programme de Marine Le Pen

[Anti-brouillard] Immigration : et si on arrêtait les fantasmes ?

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