D’apparence attrayante, cette mesure n’a aucun fondement macroéconomique : elle serait en réalité contre-productive car elle porterait préjudice à ceux que Marine Le Pen identifie comme potentiels bénéficiaires.

Une mesure aux contours obscurs

Le premier écueil dans lequel tombe la candidate du Front National est celui de l’imprécision. Qui serait concerné par cette prime ? Quel serait le calendrier de mise en ouvre ? La prime sera-t-elle dégressive selon les revenus ? Autant de questions auxquelles Marine Le Pen n’apporte aucune réponse. En retenant l’hypothèse de 1 000 € pour les petites retraites - pour les besoins du chiffrage - l’Institut Montaigne évalue à 5 millions le nombre de bénéficiaires. À ceux-ci s’ajoutent 10,5 millions de salariés (privés et entreprises publiques) percevant moins de 1 500 € nets par mois. Si cette prime était versée à ces 15,5 millions de personnes percevant un petit salaire ou une petite retraite, son coût brut serait de 14,8 Md€ par an

Le financement de cette prime serait assuré par une contribution sociale de 3 % sur les importations. Cependant, encore une fois, Marine Le Pen ne précise pas les caractéristiques des biens qui seront soumis à cette contribution (l’assiette). Pour l’année 2015, les importations de biens et services représentaient 685 milliards d’euros. Selon l’assiette retenue, une contribution de 3 % sur la valeur de ces importations pourrait générer une recette fiscale comprise entre 8 milliards d’euros si la contribution ne porte que sur les importations en provenance de pays n’appartenant à l’Union européenne (soit environ 40 % des importations totales) et 21 milliards d’euros pour l’ensemble des flux. La viabilité du financement de la mesure dépend ainsi de l’assiette retenue : celle-ci peut faire varier les recettes du simple au triple.

Outre ces nombreuses zones d’ombre, le principe même de cette réforme est entaché de fortes incohérences économiques.

Une mesure irréaliste, voire préjudiciable pour les Français

Tout d’abord, la contribution sociale de 3 % sur les importations aurait probablement pour effet d’annuler les gains de pouvoir d’achat espérés. En effet, elle se traduirait par un renchérissement du coût des biens importés (particulièrement les équipements électriques, électroniques et informatiques, les matériaux de transports et d’autres produits industriels), amputant donc le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population française, et notamment celui des classes moyennes.

Ensuite, l’impact macroéconomique de la proposition serait d’autant plus négatif à long terme que les pays partenaires commerciaux de la France pourraient mettre en place des dispositifs similaires, par rétorsion. Cela entraînerait une hausse généralisée du coût du commerce international, au détriment des entreprises françaises, et potentiellement une contraction du commerce international.

Enfin, il convient de souligner qu’un État membre de l’Union européenne ne peut instaurer de droit de douane sans modifier les traités européens, la compétence douanière étant une compétence exclusive de l’Union.

Ainsi, à long terme, le protectionnisme prôné par Marine Le Pen provoquera à la fois une hausse du prix des biens et des services importés et une baisse des exportations françaises vers l’étranger. Le résultat de ces deux dynamiques serait une baisse inévitable du pouvoir d’achat des Français.

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