Simple clarification terminologique ou pur opportunisme électoral ? Derrière cette distinction conceptuelle, que retenir des véritables propositions de la candidate sur l’euro ?  Décryptage.

Monnaie commune, monnaie unique : de quoi parle-t-on?

Le concept de monnaie unique désigne une monnaie adoptée par plusieurs États, en remplacement de leurs monnaies nationales. Elle se substitue ainsi intégralement aux monnaies des différents pays. Elle s’inscrit dans le cadre d’une intégration monétaire renforcée entre différents États. L’euro en est un des exemples, le plus significatif et les plus abouti.

La monnaie commune, au contraire, n’a pas vocation à se substituer aux monnaies nationales. Tout en conservant leurs monnaies, les États peuvent adopter et partager une autre monnaie. Il y a donc une superposition de deux monnaies : l’une, utilisée pour les transactions domestiques, l’autre, utilisée pour les échanges entre pays de la même zone ou avec des pays tiers.

Les revirements récents du FN sur la question

Selon ses dernières déclarations, Marine Le Pen envisage de conserver l’euro comme “monnaie commune”, tout en entamant une transition progressive vers la sortie de l’euro comme “monnaie unique”. La coexistence de deux monnaies n’est pas une idée nouvelle chez la candidate, c’est son calendrier de mise en œuvre, et, plus encore, son caractère impératif qui sont aujourd'hui largement revus à la baisse.

La candidate a ainsi déclaré, suite à l’accord qui la lie désormais à Nicolas Dupont-Aignan, vouloir "un patriotisme pragmatique, qui privilégie les décisions de bon sens. Ainsi, la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute politique économique, le calendrier sera adapté aux priorités et défis immédiats que le gouvernement de la France devra relever. Tout sera fait pour organiser sereinement la transition de la monnaie unique vers une monnaie commune et la mise en œuvre concertée du droit pour chaque pays de gérer sa monnaie et sa banque centrale".

Marion Maréchal-Le Pen annonçait simultanément que les négociations ne débuteraient qu’en 2018, et qu’elles pourraient prendre plusieurs années.

Ce discours est loin, très loin des précédents déclarations du FN sur l’euro. Le premier engagement figurant dans le programme de la candidate mentionne en effet : “Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique)”, avant de préciser, en engagement 35 : “Soutenir les entreprises françaises face à la concurrence internationale déloyale par la mise en place d’un protectionnisme intelligent et le rétablissement d’une monnaie nationale adaptée à notre économie, levier de notre compétitivité.”

La sortie de l’euro est également absente de la dernière profession de foi de la candidate datée du 28 avril, alors que la souveraineté monétaire était inclue dans sa première profession de foi du 17 avril.

Revenir à l’écu… vraiment ?

Pour justifier de la pertinence de sa proposition, Marine Le Pen compare la réforme souhaitée au système de l’ECU, European Currency Unit (Unité monétaire européenne) créé en 1979. L’ECU désignait alors un panier monétaire, c’est à dire une valeur pondérée de l'ensemble des monnaies de la communauté économique européenne (CEE). Il ne s’agissait donc pas d’une monnaie à proprement parler, mais d’un outil permettant d’assurer la stabilité monétaire et de limiter les fluctuations des taux de change entre les États membres. 

Ainsi, si la réforme souhaitée par le Front National devait aboutir à un système comparable à celui de l’ECU, on ne pourrait à proprement parler de “monnaie commune” coexistant avec des monnaies nationales. Il s’agirait, au contraire, d'une unité de référence qui permettrait de mesurer les relations entre les différentes monnaies nationales. En pratique, l’ECU correspondait déjà à ceci, mais n’a en rien modifié les coûts de transactions au sein de l’Union européenne : un particulier ou une entreprise, pour acheter des deutsche marks avec des francs, ne passait évidemment pas par l’ECU : au-delà d’une étape administrative supplémentaire, passer par l’ECU occasionnerait des coûts de transactions supplémentaires qui seraient probablement facturés par les banques. Une différence qui n’est pas sans incidence sur le contenu des négociations et leur potentiel de succès.

Flouer pour rassurer ?

Derrière ces tergiversations récentes, il faut lire la volonté - à peine dissimulée - de rassurer des électeurs peu enclins à sortir de l’euro. Rappelons en effet que 53 % des Français ont une opinion positive de l’Union européenne, selon les derniers sondages Eurobaromètre, soit cinq points de plus qu’il y a un an. Plus des deux tiers des Français souhaitent rester dans l’euro, selon ce même sondage. Autant d’éléments qui, en cette période d’entre deux tours, poussent la candidate à maintenir l'ambiguïté sur ce sujet.

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