Pourquoi faire un simulateur sur les dépenses de santé ?

En dépensant chaque année près de 260 milliards d’euros pour la santé (soit 12 % de son PIB), la France a choisi d'en faire une priorité budgétaire. Il s’agit d’un choix rationnel et positif : avoir une population en bonne santé est un véritable atout pour un pays, pour sa cohésion sociale comme pour sa compétitivité ! 

Malgré les efforts effectués pour contenir les dépenses de santé, le déficit de l'Assurance maladie a atteint 4,8 milliards d'euros en 2016 et si rien n'est fait, il pourrait atteindre 30 milliards d'euros en 2026.

Ainsi, dans la continuité de ce que nous avons fait autour des finances publiques et des retraites, il nous a semblé essentiel de donner aux citoyens des clés pour comprendre et mieux appréhender les décisions budgétaires qui déterminent les grands équilibres de notre système de santé. Celles-ci ne sont jamais débattues clairement avec lui. Je suis convaincue que l’interactivité est une méthode efficace car elle permet de découvrir simplement et concrètement différents scénarios de réforme de notre système de santé et d’en mesurer en temps réel l’impact, année après année.

Quelles sont les grandes tendances de notre système de santé ?

Outre le déficit croissant de l'Assurance maladie, notre simulateur, réalisé en partenariat avec Jalma, fait apparaître clairement que ce qui pèse sur le budget de l’Assurance maladie, c’est l’hôpital avec 90 Mds d’euros de dépenses soit près de la moitié des dépenses de santé remboursées par l’Assurance maladie. Les médicaments pèsent également très lourd avec 35 Mds d’euros.

En jouant sur les différents paramètres, on se rend également compte que pour contenir la dépense sans nuire à la qualité de notre système de soins, il faut engager des réformes structurelles avec une vision de long terme et pas des "coups de rabot" ponctuels.

De plus, la pyramide des âges qui accompagne le simulateur fait ressortir le défi de la prise en charge d’une population vieillissante et de la montée en charge des maladies chroniques. Aujourd’hui 18 % de la population a 65 ans ou plus, en 2060 ce sera près d’un tiers de la population.

Quelles réformes devra engager le gouvernement d’Edouard Philippe pour sauver le système de santé ?

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est engagé à réaliser 15 milliards d’économies sur l’Assurance maladie sans supprimer de postes à l’hôpital ni dérembourser des soins utiles et en assurant la prise en charge à 100 % des frais liés à l’optique, au dentaire et aux audioprothèses. Nous resterons vigilants sur le suivi de ces mesures. 

De mon point de vue, la priorité est de retrouver des marges de manœuvre budgétaires pour investir dans la qualité et l’accès aux soins. Pour ce faire, il faut lutter urgemment contre le gaspillage (redondance des actes, soins non pertinents, errances médicales…) qui pourraient représenter entre 20 et 30 % de nos dépenses de santé. En parallèle, un investissement massif doit être fait dans les systèmes d’information pour éviter ces dépenses inutiles. L’ouverture des données de santé, la publication d’indicateurs sur la pertinence des actes comme leur qualité, le développement de bases de données, l’information et l’incitation pour responsabiliser patients et professionnels de santé sont essentielles. Un plan d’investissement de 5 milliards d’euros dans la santé a été annoncé par le nouveau président de la République : il nous paraît essentiel que cet argent soit utilisé pour moderniser réellement notre système de santé grâce au digital.

Je vois un second enjeu essentiel pour diminuer le poids de l’hôpital dans la dépense de santé et améliorer l’accès aux soins : s’engager dans une réflexion de long terme sur l’offre de soins en lançant des réformes structurelles pour moderniser et structurer la médecine de ville, réformer la carte hospitalière en mutualisant les plateaux techniques notamment et développer massivement les maisons de santé pluridisciplinaires afin de lutter contre les déserts médicaux.