Comment expliquer un tel niveau d'abstention ?

Lassitude électorale (le 7ème tour de scrutin en 7 mois), sentiment que l'essentiel a été dit lors de l'élection présidentielle, candidatures pléthoriques et souvent floues, ces trois éléments ont poussé plus d'un Français sur deux à ne pas participer au premier tour de scrutin des élections législatives de 2017.

Au-delà de son niveau historique, ce taux d'abstention doit être souligné à au moins deux titres. Il met d'abord en lumière une réelle faiblesse de la culture parlementaire au sein de l'électorat et renforce potentiellement le caractère présidentiel du régime. Jamais l'écart de participation entre les premiers tours de la présidentielle et des législatives n'a d'ailleurs été aussi important : 29 points de moins pour le premier tour des législatives en 2017 que pour celui de la présidentielle, un écart quatre fois supérieur à celui enregistré en 2002.

Il pose ensuite de vraies questions sur la pertinence du calendrier électoral. En les organisant dans la foulée de l'élection présidentielle et pour une durée de mandat équivalente, on tend mécaniquement à réduire leur objet à une élection de confirmation. Les 51,2 % d'abstention de ce premier tour se rapprochent ainsi des niveaux habituellement enregistrés lors d'élections jugées nettement moins structurantes de la vie politique nationale, comme par exemple - avec tout le respect démocratique qu'on leur doit -  les élections régionales (taux de participation de 49,9% en 2015).

Les choses peuvent-elles bouger entre les deux tours ?

Deux éléments au moins viennent a priori contrecarrer l'hypothèse d'un second tour de correction. Malgré la grande faiblesse de la participation au premier tour, une forte sur-mobilisation au second tour serait une surprise. Depuis 2002, quand l'abstention n'est pas restée stable (2007), elle a eu tendance à progresser (2002 et 2012). Par ailleurs,  plus de 500 duels de second tour (une seule triangulaire) opposeront un candidat LREM-Modem à un adversaire de droite (dans la majorité des cas), du Front national ou de gauche. La mécanique des reports de voix risque le plus souvent de tourner en faveur des premiers. Les électeurs ne retrouvant pas leur candidat du premier tour seront tentés (lorsqu'ils iront voter) de choisir la voie "moyenne" du candidat LREM plutôt que de se porter sur un adversaire identifié de longue date, qu'il soit de droite, de gauche ou, a fortiori, du FN,
 
Comment gérer une majorité aussi large ?

La gestion d'une très large majorité au Palais Bourbon est malgré tout un "problème de riche" (parlez-en à Theresa May qui s'en accommoderait bien).

Si le second tour de ces élections législatives porte au final plus entre 400 et 450 députés LREM-Modem à l'Assemblée nationale, qui plus est en grande partie des novices, la gestion de cette très large majorité pose toutefois à la fois des questions à court terme, à moyen terme et à long terme.

À court terme, c'est la formation et l'organisation (Présidence de l'Assemblée, présidence de groupe, Commissions etc) de cette assemblée qu'il faut organiser. À moyen terme, c'est l'équilibre entre la nécessaire cohésion du groupe et la vitalité des débats qu'il faudra gérer. À long terme ce sont les rapports entre majorité et opposition, l'équilibre entre pouvoirs exécutif et législatif et au final l'image de l'institution qu'il faut anticiper.

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