Il y a d’autres facteurs que le droit du travail pour expliquer cette spécificité française. Mais il l’explique pour une bonne partie. Le droit du travail a été énormément rigidifié, particulièrement au détriment de petites entreprises qui créent théoriquement le plus d’emplois, en étant soit dissuasif, soit punitif. Plutôt que de s’employer à former les salariés les plus fragiles, à les accompagner, on a cherché à contraindre les licenciements. Ce fut longtemps le cas avec l’autorisation administrative de licenciement. Puis une fois qu’elle a été supprimée, on a continué à alourdir les conséquences d’un licenciement, devant les prud’hommes notamment, et à rigidifier les contrats de travail à l’infini. Au final, les catégories les plus fragiles de la population n'ont pas accès au CDI et sont majoritairement recrutées en CDD, à commencer par les jeunes.

Au-delà du droit du travail, la France a été incapable, faute d’évaluation, d’optimiser un système de formation professionnelle qui reste entre les mains du paritarisme. De sorte que la plupart des chômeurs n'ont jamais accès à des formations professionnelles qualifiantes, contrairement aux salariés des grandes entreprises, qui sont déjà les plus qualifiés. Nous n'avons pas non plus réussi à faire le lien entre un système d’assurance-chômage qui devrait inciter, par la dégressivité des allocations, à reprendre un emploi et un système de formation professionnelle rendu plus juste et plus équitable.

Quand on cumule les désincitations à l'embauche, la suspicion qui pèse sur les entreprises, notamment dans leurs rapports avec l'inspection du travail, l'insécurité face aux prud’hommes en cas de revers de fortune, le manque de motivation à reprendre un emploi quand on est au chômage et l'inefficacité du système de formation professionnelle, il ne faut pas s'étonner de l'ampleur des destructions d'emplois ou de l'atonie des créations d'emplois.

Quand vous ajoutez à tout cela une fiscalité élevée, que ce soit sur le coût du travail ou sur le coût du capital, vous faites la course les yeux bandés, les mains dans le dos et les pieds dans un sac.

Propos recueilli par Emmanuelle Réju pour La Croix.

Pour aller plus loin :

Quelles priorités pour réformer le droit du travail ?

Assurance-chômage : on change les règles ?