Un système au bord de l’implosion



La question des affectations et du tirage au sort appelle une lecture pragmatique et dépassionnée. Une mise à l’échelle s’impose : quatre filières posent problème aujourd’hui : STAPS (filière sportive), psychologie, droit et médecine (en région parisienne seulement). Ce sont donc 169 licences sur un total de 1 500 qui posent problème.



L’introduction de la sélection et les problèmes de non affectation qu’elle peut générer, s’inscrivent dans un contexte d’augmentation sans précédent des effectifs du supérieur. Deux raisons conjoncturelles l’expliquent : l’arrivée à l’âge des études supérieures de la génération des années 2000, période où le taux de natalité était particulièrement élevé, et l’augmentation de la proportion de personnes voulant accéder à l’enseignement supérieur. La rencontre de ces deux facteurs, positifs en soi, génère des tensions sur un certain nombre de formations.



L’enseignement supérieur français est donc proche de l’implosion, et ni la sphère publique, ni la sphère privée ne mettent les moyens nécessaires à son amélioration.



Qualifier autrement à l’ère numérique



La révolution numérique entraîne une sophistication des travaux autrefois réservés aux profils dits "peu qualifiés" : l’utilisation de consoles numériques, les prises de commandes par Internet, le travail digital font désormais partie intégrante de ces métiers, et appellent des formations nouvelles. Dans une société bouleversée par le digital, il est nécessaire de qualifier autrement. La réforme est d’autant plus urgente que les deux tiers des bacheliers français sont issus de filières technologiques ou professionnelles.



Des progrès ont été réalisés sur l’insertion des techniciens supérieurs, ils doivent être poursuivis. Ces profils doivent atteindre un niveau bac +2, IUT ou BTS, filières trop longtemps confisquées par les bacheliers de filières générales, qui n’étaient pourtant pas destinés à intégrer ces formations courtes.



La faiblesse de l’orientation



En parallèle, nos amphithéâtres, surpeuplés à la rentrée, se vident en cours d’années. Trop d’étudiants encore quittent leur formation en cours de route, faute d’orientation efficace. Il est temps d’admettre qu’un élève de 17 ans ne peut avoir une idée parfaitement claire de ses perspectives de carrière. Notre structure de formation est beaucoup trop rigide et manque d’une approche pluridisciplinaire, plus souple. Seuls les cursus d’élite intègrent la pluridisciplinarité. C’est pourtant l’ensemble des filières qui devrait en bénéficier.



L’orientation, abordée bien trop tardivement dans le secondaire, devrait se construire dès la classe de première, voire de seconde. Les liens entre l’enseignement supérieur et les classes des lycées professionnels, technologiques et généraux doivent être renforcés.



La solution du tirage au sort est indigne et constitue une solution de gestion de la pénurie. Il est pourtant possible d’éviter ces situations absurdes, en ayant le courage de faire de la pédagogie avant l'entrée dans les études supérieures. C’était l’une des mesures proposées par le candidat Macron, qu’il faut à présent mettre en œuvre : expliquer aux élèves, avant qu’ils ne postulent, les conditions d’accès au marché du travail à l’issue des formations vers lesquelles ils s’orientent : niveau d’employabilité, niveau des salaires, qualité des contrats, temps de recherche d’emploi, etc. Cette transparence est indispensable aujourd’hui.



La valeur du travail étudiant



Enfin, la plupart des grands pays d’Europe font coexister le travail étudiant (le fait d’avoir un travail pendant ses études) et le travail comme étudiant (le travail à l’université). Aux Pays-Bas, par exemple, l’insertion professionnelle des étudiants est remarquable car les universités ont réussi à concilier expérience professionnelle et études. Non seulement elles l’acceptent mais elles facilitent les démarches pour rendre ces situations possibles. Le Brésil s’inscrit dans la même démarche. La France, au contraire, se maintient dans une culture académique où le travail étudiant est vécu comme une infamie, alors même qu’il s’agit d’une passerelle vers l’emploi, l’expérience et la maturité.



La France, enfin, est un pays de hauts fonctionnaires qui n’ont pas connu l’Université, et n’en comprennent pas les enjeux. Ce clivage est très profondément inscrit dans la sociologie de ceux qui nous dirigent. Il est impératif qu’ils comprennent qu’il n’y a pas seulement les grandes écoles, il y a aussi les universités, les BTS, les IUT.



Dans le dernier rapport de l’Institut Montaigne, Enseignement supérieur et numérique : connectez-vous, nous mettons en évidence le potentiel du numérique pour répondre aux enjeux d’orientation, de renouvellement des compétences et, plus largement, d’efficience de notre système. Des outils digitaux innovants peuvent être développés pour une orientation plus fine, plus personnalisée et plus efficace. De même, le numérique est un puissant levier pour répondre aux demandes croissantes en formation aux métiers des technologies de l’information et de la communication (TIC). Il apporte, enfin, une réponse majeure à la massification de l’enseignement supérieur, en proposant des modèles souples mais toujours exigeants.