Pendant la campagne, il a été beaucoup question d’enseignement primaire. Avez-vous le sentiment que c’est bien une priorité de l’actuel gouvernement ?

Depuis 2010, et le rapport de l’Institut Montaigne Vaincre l’échec à l’école primaire, cette priorité s’est peu à peu imposée dans l’opinion et à l’agenda des responsables politiques. Pourtant, peu de progrès ont réellement été accomplis. Durant la précédente campagne présidentielle, en 2012, priorité était déjà donnée à l’enseignement primaire. Cela s’est traduit par des créations d’emplois d’enseignants et certains dispositifs comme le "plus de maîtres que de classes". On aura du mal à en évaluer la portée car durant la première partie du quinquennat, Vincent Peillon, n’a pas souhaité mettre en place les dispositifs d’évaluation rigoureux dont nous aurions eu besoin.

La priorité au primaire se traduit bien sûr par des moyens budgétaires. C’est d’ailleurs ce que le gouvernement actuel a compris, puisqu’il devrait pérenniser les emplois créés et centrer bien davantage les moyens supplémentaires sur les échelons véritablement stratégiques pour le soutien aux élèves les plus en difficulté. Le dédoublement des classes en CP et CE1 en REP et REP+, que l’Institut Montaigne a beaucoup poussé, va dans le très bon sens. Elle doit s’accompagner de mesures incitatives pour la rémunération des enseignants en REP+ et de mesures fortes afin que les tout jeunes enseignants ne soient plus nommés dans les classes les plus en difficulté de la République.

Il faudra néanmoins un effort continu sur toutes les dimensions qui permettent d’améliorer la maîtrise des compétences fondamentales (lire, écrire, compter), et de lutter contre le trop fort déterminisme social de notre école. Formation et accompagnement des enseignants, production d’outils pédagogiques issus de la recherche scientifique, utilisation du numérique dans les classes, pilotage fin à l’échelon rectoral… tous ces éléments font système et permettront d’obtenir des résultats probants en matière de lutte contre l’échec scolaire.

Une réforme du baccalauréat a été évoquée avant la coupure estivale. Pourquoi est-ce si important ?

Ce n’est pas tant le baccalauréat qui pose problème. Bien sûr, c’est une épreuve complexe, sans doute archaïque à bien des égards, et qui ne dit signifie plus grand chose quant à la poursuite d’études supérieures. Il importe d’abord et avant tout de réfléchir collectivement à ce que ce pays souhaite pour son enseignement secondaire. Quels savoirs et quelles compétences voulons-nous transmettre ? Quelle doit être la part des enseignements liés à la révolution digitale ? Pouvons-nous continuer à obtenir parmi les moins bons résultats en anglais de toute l’Union européenne ? Pourquoi tant de condescendance vis-à-vis du travail en groupe ou de la qualité de l’expression orale de nos élèves ? En outre, le baccalauréat joue comme un verrou qui empêche les élèves de choisir plus librement les matières qu’ils souhaiteraient travailler et les enseignants de déployer les pédagogies qui les motivent le plus.

Je n’ai personnellement jamais compris comment droite et gauche pouvaient se dire favorables à la fois à l’autonomie du système et en même temps à la survivance d’un examen qui l’empêche totalement. Je crois bien davantage à des systèmes comme le baccalauréat international (IB) qui donnent plus de liberté et de responsabilité aux élèves et à leurs enseignants. Pourquoi laisser le monopole de telles formations aux élèves issus des familles les plus aisées ?

Réfléchir à l’avenir du baccalauréat, c’est donc chercher à repenser notre système secondaire. Sans oublier de chercher à l’évaluer mieux. Chaque établissement public comme privé devrait bénéficier d’un diagnostic complet tous les trois à quatre ans au maximum. On le doit aux familles. On le doit aussi aux enseignants et aux personnels qui travaillent dans les collèges et les lycées.

L’enseignement professionnel est souvent le parent pauvre des politiques publiques. L’apprentissage est toujours érigé au rang de priorité. On a néanmoins le sentiment que ces dossiers n’avancent pas vraiment. Peut-on avoir confiance pour les années à venir ?

La question de l’enseignement professionnel est cruciale pour l’avenir du pays. C’est en effet le lycée professionnel qui a porté le plus gros de l’effort de démocratisation des études secondaires ces dernières décennies. Pourtant beaucoup reste à faire pour sa reconnaissance comme pour son efficacité. Par exemple, c’est essentiellement en son sein qu’aurait dû être créées les filières de brevets de techniciens supérieurs (BTS) ces dernières années.

Il est essentiel de rapprocher enseignement professionnel et apprentissage afin qu’on cesse d’opposer ces deux mondes. Actuellement, seulement 15% des bacheliers professionnels passent par l’apprentissage. Ça n’est pas assez et c’est un enjeu pour l’avenir. L’ouverture de centres de formation d’apprentis (CFA) dans les lycées professionnels, la mutualisation des équipes pédagogiques, l’implication des professionnels dans le fonctionnement des établissements… sont autant de pistes d’expérimentations parfois déjà conduites mais qu’il est temps d’évaluer et d’étendre lorsque cela est pertinent.

La nomination en juillet dernier à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) de Jean-Marc Huart, qui est passé par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), est un excellent signe. Il a la double culture - celle des ministères de l’Éducation et du Travail.