Fondé sur l’analyse de plus de 600 jeux de données — culturelles, économiques, humaines, sécuritaires, politiques et idéologiques — notre rapport dresse l’état des lieux des relations de la France avec les pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient. L’une de ses principales conclusions est que la politique arabe de la France doit principalement se redéployer au Maghreb via un investissement sécuritaire, économique et culturel massif. Cela pour plusieurs raisons.

1-Parce que les destins de la France et du Maghreb sont liés

Le Maghreb et la France partagent une histoire commune qui a forgé, au fil des années, des liens puissants. Près de 6 millions de personnes (immigrés, descendants d’immigrés et rapatriés) vivent en France et entretiennent une relation personnelle et souvent familiale avec le monde arabe et en particulier le Maghreb. C’est autant sinon plus que les "franco-européens" (immigrés et descendants d’immigrés espagnols, italiens, portugais, etc.). Inversement, 900 000 Français ou binationaux sont installés et vivent dans l’un des trois pays du Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie).

Si la France influence le Maghreb, le Maghreb influence également la France. Le français y est parlé quotidiennement par 28 millions de personnes tandis que la langue arabe est la seconde langue la plus pratiquée au quotidien en France.

L’éducation et l’enseignement supérieur sont également deux champs importants du déploiement de l’influence française. Le réseau éducatif d’enseignement français à l’étranger est particulièrement attractif dans ces pays puisque s’y trouvent environ 15 % des établissements gérés directement par l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) ou conventionnés, ainsi que près de 15 % des élèves. Enfin, ce sont 70 000 jeunes maghrébins qui viennent étudier en France chaque année.

Ceci doit constituer la base d’une relation durable, qu’il convient de renforcer, afin de participer activement au développement économique et culturel de cette région.

2-Parce que l’islam radical est un problème pour la France et les pays du Maghreb

Tous les actes terroristes commis en France ces dernières années ont été perpétrés par des personnes originaires du Maghreb. Le Maroc et la Tunisie ont, de leur côté, fourni des contingents importants de combattants dans les rangs de l’Etat Islamique. La France et le Maghreb sont sous le coup d’une menace réelle qui doit être le socle de l’approfondissement de notre coopération sécuritaire.

En amont, la France et le Maghreb doivent également lutter contre la diffusion de l’islam radical à travers le monde. Cette lutte devra passer par une prise de position claire sur l’islam politique et par la refonte, en France, de l’administration du culte musulman.

3-Parce que le développement économique du Maghreb participera de la prospérité future de la France

Refaire de la Méditerranée un espace d’échanges économiques est une priorité. Les pays du Maghreb sont engagés dans des dynamiques de diversification de leurs économies qui rendent nécessaire l’amélioration de l’offre de formations et le renouvellement des infrastructures. La France doit s’engager davantage pour tirer parti de ces nouvelles opportunités. En effet, dans ses échanges avec le monde arabe (un cinquième des échanges commerciaux de la France hors Union européenne), le Maghreb représente la première zone d’échanges pour la France (27 milliards d’euros en 2015 contre 19 milliards avec les monarchies du Golfe par exemple).

En prenant exemple sur la stratégie allemande en Europe centrale et orientale, la France doit développer une stratégie économique ambitieuse et intégrée avec les trois pays du Maghreb. Trois projets pourraient être lancés :

  • la reprise des discussions pour un traité de libre-échange UE-Maghreb ;
  • la relance de la coopération administrative afin d’améliorer l’environnement juridique et fiscal de ces pays ;
  • la mise en œuvre d’une stratégie d’intégration économique fondée sur l’utilisation des avantages comparatifs de chacun et une dynamique de spécialisation régionale.

Ces stratégies sont d’autant plus nécessaires que les parts de marché de la France diminuent d’année en année, passant de 35 % au début des années 1990 à 15 % au début des années 2010.

4-Parce que la France et le Maghreb partagent le même défi de contrôle des flux migratoires

Les pays du Maghreb sont désormais des pays d’immigration pour les populations en provenance d’Afrique subsaharienne. Nous devons ainsi penser et construire ensemble une stratégie d’accueil et de gestion des flux migratoires.

Pour y parvenir, les principaux enjeux sont humain et financier. Les pays du Maghreb doivent disposer des moyens nécessaires pour mettre en place et sécuriser leurs frontières terrestres et maritimes. La France et ses partenaires européens peuvent intervenir en ce sens, à condition de savoir aussi être plus exigeants avec leurs partenaires maghrébins, dans l’intérêt de tous. Sur le modèle de l’accord de mars 2016 conclu entre l’Union européenne et la Turquie, un accord UE-Maghreb pourrait être conclu pour réguler les flux migratoires en provenance du Maghreb.

Ces décryptages et propositions sont développés dans le récent rapport de l’Institut Montaigne, Nouveau monde arabe, nouvelle "politique arabe" pour la France.

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